Textes et témoignages


1. Kairos Palestine – L'Initiative palestinienne chrétienne 

Un moment de vérité : La foi en un temps de génocide

(15 novembre 2015)

Le chemin de la paix au Proche-Orient passe par le chemin de la vérité et non par les paroles incantatoires de l'Église de France, silencieuse sur le crime de génocide commis à l'encontre de nos frères musulmans et chrétiens de Palestine, silencieuse de ne pouvoir prononcer le mot « Palestiniens » comme étant les habitants ancestraux de Palestine, silencieuse de refuser d'entendre les appels des chrétiens de Palestine.

Nous transmettons la déclaration des chrétiens palestiniens « Un moment de vérité : la foi en un temps de génocide »dans laquelle ils affirment leur foi en Dieu, leur amour pour leur patrie, l'importance de leur lutte pour toute l'humanité entière. Cette déclaration figure dans le document Kairos Palestine n°2 [1] paru à Jérusalem le 14 novembre 2025. Le mouvement Kairos[2] trouve ses origines dans le document « Un moment de vérité » paru en 2009, né de la réalité vécue de la souffrance palestinienne et du désir ardent de justice. Le document s'adresse d'abord à la communauté palestinienne et appelle les Églises du monde entier à rejeter l'injustice et l'apartheid ainsi qu'à œuvrer pour une paix juste et durable avec l'État d'Israël. Il est structuré en plusieurs parties.

La réalité du génocide, de la colonisation et du nettoyage ethnique à Gaza, Jérusalem et en Cisjordanie. La guerre génocidaire a mis à nu l'hypocrisie du monde occidental, ses déclarations creuses pour un réel engagement pour les droits humains et le droit international, révélant son racisme et son attitude de deux poids deux mesures.

Le génocide, toujours en cours, le nettoyage ethnique, le déplacement forcé des Palestiniens s'inscrit dans le projet sioniste colonial dont l'objectif est d'exploiter la terre, ses ressources et sa richesse au seul profit du colonisateur.

Cette guerre a révélé un autre aspect du sionisme, qu'il soit juif ou chrétien, à savoir la justification de la violence.

A Jérusalem, les attaques contre les lieux saints musulmans et chrétiens sont permanentes, elles font partie d'une politique systématique visant à vider la Terre Sainte de ses habitants palestiniens.

Les villes et villages de Cisjordanie occupée, ainsi que les communautés bédouines subissent les attaques incessantes des colons avec le soutien de l'armée israélienne, conduisant à la violence, aux meurtres, à la dévastation des cultures, à l'appropriation ou l'empoisonnement des ressources en eau. Les contrôles des checkpoints privent la population palestinienne de sa liberté de mouvement. A l'intérieur de l'État d'Israël, les Palestiniens subissent un racisme flagrant et toutes sortes de discrimination.

La politique d'arrestations et d'emprisonnements s'est considérablement développée depuis le 7 octobre 2023 avec le recours systématique à la torture, aux violences sexuelles, à la privation de nourriture et au refus de soins médicaux.

Le 30 mars, le Parlement israélien a adopté le projet de loi instaurant la peine de mort aux seuls Palestiniens. Le texte vise ceux qui sont accusés d'avoir agi « avec l'intention de mettre fin à l'existence de l'État d'Israël ». Concrètement, cette loi israélienne s'appliquerait aux seuls Arabes.

Il faut à présent appeler les choses par leur nom : Israël est un État colonial, fondé sur le déplacement ou l'extermination des Palestiniens et leur remplacement par des colons juifs. C'est la force qui fait droit au mépris du droit international (autodétermination, droits des réfugiés, illégalité de l'occupation du territoire palestinien) et du droit humanitaire international (crimes de guerre, crimes contre l'humanité, crime de génocide, bombardements des hôpitaux, assassinats des journalistes palestiniens, famine comme arme de guerre,..).

Un moment de vérité pour le peuple palestinien et un appel aux chrétiens du monde entier. Face à cette réalité, un cri d'appel est lancé à l'intention du peuple palestinien. Ce qui a été construit sur le mensonge et une injustice historique ne pourra jamais mener à la paix. Les solutions commencent parle démantèlement des systèmes oppressifs et racistes. Ce moment de vérité pour les Palestiniens demeure un temps de résistance, incarnée dans la décision de rester sur sa terre. Tenir bon dans la foi et l'espérance, c'est résister. Prier c'est résister. Protéger les Lieux Saints, c'est résister. Préserver la vie sociale, c'est résister.

Le Dieu qui s'est révélé dans l'Ancien et Nouveau Testament se tient aux côtés des opprimés et des écrasés,des victimes de toute forme d'injustice et de tyrannie, quelle que soit leur race, leur religion et leur nationalité. C'est pourquoi chacun est en droit de demander : comment peut-on parler de communion ou de fraternité chrétienne tout en niant, soutenant, justifiant ou simplement en gardant le silence face au génocide.

Nous condamnons tous ceux qui exploitent ou soutiennent l'accusation d'antisémitisme pour réduire la voix palestinienne de la vérité. Tout Juif n'est pas sioniste. Tout sioniste n'est pas Juif. Nous honorons le nombre croissant de voix juives qui s'opposent à la guerre. Il est demandé aux Églises du monde de faire la distinction entre dialogue avec les Juifs et dialogue avec le sionisme.

Croire en temps de génocide. Nous entendons parler de solutions politiques et de paix, alors que la réalité sur le terrain est le contraire. Toute solution politique nécessite de reconnaître et de réparer les torts passés, à commencer l'injustice historique qui a été faite aux Palestiniens depuis la Déclaration Balfour et la montée du mouvement sioniste.

Tout commencement doit impliquer le démantèlement du colonialisme de peuplement et le système d'apartheid codifié dans la Loi fondamentale raciste d'Israël État-nation du peuple juif.

Les solutions durables ne peuvent reposer sur une logique de force, mais sur les fondements de la justice, de l'égalité et du droit à l'autodétermination.

Nous réaffirmons notre rejet d'un État religieux. L'espérance est celle d'un État civil et démocratique fondé sur une culture du pluralisme, sur la base de l'égalité de tous devant la loi et d'une pleine citoyenneté pour tous.

C'est dans cette situation tragique qui dépasse le seul cadre de la Palestine et s'étend à présent au Sud Liban et plus globalement au Moyen-Orient que nous nous associons pleinement à l'appel des chrétiens de Palestine, que nous appelons à la conscience de nos responsables religieux de la Conférence des Évêques de France (CEF) pour s'engager sur le chemin de la paix en prenant acte de la réalité de la situation au Proche-Orient, et à poursuivre le dialogue avec nos frères juifs avec vérité et exigence pour ne pas voir resurgir la plaie de l'antisémitisme.

Il existe, à l'initiative de l'Italie le réseau « Preti contro il genocidio » (Prêtres contre le génocide) (https://www.paxchristi.it/?p=30050) qui compte aujourd'hui plus de 2 200 membres, dont deux cardinaux et 25 évêques ou archevêques, répartis dans 58 pays.


2. Lettre ouverte aux évêques de France

(Août 2026)

Monseigneur,

Depuis la visite de Mgr Aveline en Palestine, en été 2025, la situation sur place ne cesse de se détériorer. Dans le même temps, à travers le monde entier, des voix multiples s'élèvent de plus en plus nombreuses pour dénoncer ce qui devient proprement intenable.

Pourquoi l'Église de France se tait-elle devant un génocide en Palestine ? Il ne s'agit pas d'une "guerre", mais d'un massacre dans un pays occupé, à Gaza, en Cisjordanie. Ce pays est la Terre Sainte, où résistent, à côté des musulmans, les descendants des premiers chrétiens.

Les sionistes qui occupent la Palestine depuis 1948 n'ont rien à voir avec le peuple hébreu dont nous sommes les héritiers spirituels. Ce nouveau peuple ne veut rien de moins que la destruction d'un peuple autochtone et la disparition des lieux saints chrétiens et musulmans. C'est l'horreur d'une occupation coloniale sans fin. La colonisation est un crime de guerre, et l'occupation du territoire palestinien a été déclaré illégale par la Cour internationale de Justice le 19 juillet 2024. A présent, trois ans de génocide à Gaza et nos gouvernements et l'Union européenne refusent toujours obstinément de prendre la moindre sanction contre l'État Israël, seul moyen de marquer un coup d'arrêt à cet État criminel.

L'Église de France, par son refus de nommer les choses et de reconnaître qu'en Terre Sainte un peuple en oppresse un autre s'avère complice du consentement au génocide connu à présent de tous et dénoncé par les plus hautes instances internationales. En contraste, en Italie, S. E. le cardinal Matteo Maria Zuppi a dirigé en août dernier une prière de sept heures en égrenant un par un les noms de plus de 12 000 enfants tués en Palestine occupée.

Rien ne justifie par ailleurs que l'Église de France n'accepte comme seuls interlocuteurs que le CRIF et le Consistoire, dont les positions sionistes, voire génocidaires, comme celle du grand rabbin de France, Haïm Korsia, souhaitant que l'armée de l'État d'Israël finisse le travail ou celle du grand rabbin de Marseille, Rehouven Ohana, évoquant en 2024 une guerre juste et existentielle et rejette en même temps d'autres interlocuteurs juifs pacifistes et antisionistes comme l'Union juive française pour la paix (UJFP) .

Nous souhaiterions que vous preniez en humanité, considération et décision le document Kairos-Palestine n°2 (https://justice-paix.cef.fr/wp-content/uploads/2025/12/doc-kairos-palestine-ii-f-traduction-adsf-finale.pdf) dans le quel il est rappelé que « Le chemin de paix au Proche-Orient passe par le chemin de vérité et justice pour répondre au crime de génocide commis à l'encontre de nos frères palestiniens, musulmans et chrétiens qui sont les habitants ancestraux de Palestine. Nous vous transmettons à ce titre la déclaration des chrétiens palestiniens « Un moment de vérité : la foi en un temps de génocide » dans laquelle ils affirment leur foi en Dieu, leur amour pour leur patrie, l'importance de leur lutte pour toute l'humanité entière ».

Nous avons fait connaître autour de nous le Réseau « Prêtres contre le Génocide » qui rassemble aujourd'hui plus de 2 200 prêtres et évêques des cinq continents, unis par le désir de conjuguer foi, justice et engagement pour une paix véritable, les invitant

à remplir le formulaire ci-joint (https://forms.gle/WH66Tzqa6KgKzyra8). Cette démarche s'inspire de la prise de position du pape Léon XIV dans son encyclique du 15 mai 2026, Magnifica Humanitas, « Il y a des situations dans lesquelles, pour rester humains, nous devons abandonner nos hésitations et prendre position, il y a des conflits où il n'est pas juste de rester neutre, et où il ne suffit pas de s'estimer non complice ».

Nous ne vous demandons rien, Monseigneur, nous vous informons seulement que nous sommes de plus en plus nombreux à nous éloigner d'une Église qui renonce à désigner et à condamner un État génocidaire.

Nous vous prions d'agréer, Monseigneur, nos respectueuses salutations.